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Quel bon vin t’amène  (QBVA) : Pouvez-vous, pour commencer nous parler de votre parcours professionnel ?

Corinne Laurent (CL) : Au niveau de mon parcours professionnel, ça a été une immersion totale car j’ai plutôt suivi une autre formation, dans la gestion. J’ai totalement appris sur le tas mais j’ai eu un très bon professeur (Ndlr : son mari vigneron).

(QBVA) : D’où vous vient l’envie de travailler dans ce milieu ?

(CL) : L’envie m’est venue indirectement, car à l’époque, je travaillais encore à l’extérieur. En rentrant les soirs, je donnais un coup de main dans les vignes, de fil en aiguille je me suis installée avec mon mari et mon beau-père. En 1994, c’était rare de voir une femme tailler la vigne… Même si aujourd’hui je ne taille plus les vignes, pour pouvoir me concentrer un peu plus sur la cave et la vente, j’en suis toujours capable. Je connais tout le processus de la fabrication du vin. Avec l’aide de mon fils, je suis en cave pour suivre les vinifications ce qui permet de pouvoir mieux gérer la communication, les ventes, répondre au téléphone, les visites… Grâce à notre fils, avant je faisais tout, toute seule, et j’avais de grosses journées ! Maintenant à deux, on s’organise et nous sommes plus efficaces et je peux toujours suivre toute la vinification. Nous ne déléguons rien, nous faisons tout et je dis bien tout, nous-même, vigneron indépendant jusqu’au bout.

(QBVA) : Pouvez-vous nous parler un peu de vos vins ?

  (CL) : Il faut savoir que nous avons eu beaucoup de problèmes météo depuis 2009 sur le domaine. Notamment la grêle, 7 épisodes de grêle en 6 ans, ce qui a considérablement diminué notre production mais nous sommes restés fidèles à nous-mêmes : produire de la qualité et ne pas faire « pisser » la vigne. Successivement sur cette période, nous avons eu l’opportunité de pouvoir louer de nouvelles parcelles, ce qui a permis d’agrandir l’exploitation. En 10 ans, nous sommes passés de 18 à plus de 30 hectares de vignes.

Les parcelles sont reparties sur 8 communes, ce qui permet de limiter le risque météo et nous avons 3 types de sol différents pour la fabrication du Saint-Pourçain. Ce sont des vignes avec du raisin clef en main, même si on replante à coté, en respectant les normes de l’appellation sur les densités de plantation. Nous sommes très en avance à ce niveau-là car toute l’exploitation l’est déjà.

Au niveau des cépages, on a les 5 cépages de l’appellation : le tressallier, le chardonnay et le sauvignon pour les blancs et le gamay et le pinot noir pour les rouges, ainsi que le gamay pour le rosé.

(QBVA) : Qu’est-ce qui est important selon vous pour faire un bon vin ?

  (CL) : Le raisin ! C’est la base, pour avoir du bon vin, il faut du bon raisin. Avoir des vignes bien travaillées et ne pas les faire « pisser » car quantité et qualité ne marchent pas ensemble, et puis surtout ne pas se précipiter pour vendanger et rentrer le meilleur raisin possible.

(QBVA) : Quel avenir a, pour vous, le cépage de Saint-Pourçain ?

(CL) : Pendant très longtemps, nous avons eu une appellation qui a eu mauvaise presse. L’appel d’air a eu lieu en 2009, au moment de l’ A.O.C., où localement les gens se sont dit qu’il fallait peut-être réviser leur jugement sur le vin. A partir de là, nous étions encore plus attendus au tournant, plus qu’une grande étiquette qui fait vendre à qui on pardonne plus facilement. Nous, ce n’est pas une étiquette qui fait vendre, il faut qu’on arrive à faire déguster pour que le produit parle de lui-même. Depuis 2009, c’est plus facile avec l’ A.O.C., les gens viennent plus facilement. Le plus drôle, c’est qu’à cette période, les gens en goûtant le vin, disaient que l’ A.O.C. avait fait du bien et fait progresser le Saint-Pourçain, alors qu’ils étaient en train de boire du vin de 2008 qui n’avait pas l’ A.O.C. car celui de 2009 n’était pas encore vendangé !

 (QBVA) : Quelle évolution, sur l’exploitation, avez-vous pu constater de génération en génération ?

(CL) : Au niveau de l’évolution génération apres génération, il y a eu, une marche entre mon beau-père et mon mari. En fait mon beau-père, c’était le côté très empirique car il n’avait pas eu de réelle formation. Mon mari fait partie de la génération qui est allée en lycée viticole. Aujourd’hui, il y a moins de différences entre mon mari et mon fils car ils ont fait la même formation. Ce qui évolue est peut-être une plus grande ouverture sur ce qui se fait ailleurs. La nouvelle génération a une plus grande envie de bouger. Pour eux, le monde est un jardin maintenant. Le côté positif est de comparer ce que font les autres et comment ils le font, pour s’apercevoir que ce que l’on fait n’est pas si mal et qu’on est bien chez nous. 

 (QBVA) : Quel avenir envisagez-vous pour votre domaine ?

  (CL) : Si, il y a 10 ans, on m’avait dit qu’en 2016 on aurait plus de 30 hectares de vigne, qu’on ferait de l’export, je ne l’aurais pas cru. Il y a 3 ans, nous sommes allés voir notre importateur aux Etats-Unis, je n’aurais jamais imaginé cela il y a 10 ans. Donc pour l’avenir on ne s’interdit rien, de toute façon nous sommes dans un métier où l’on doit s’adapter en permanence, que ce soit avec la météo, le consommateur, les demandes tantôt plus de rouge que de blanc… Pour le rosé, il y a quelques temps, la demande se faisait uniquement sur la période estivale, maintenant c’est toute l’année. Il faut savoir prendre les bons virages, c’est comme la vie de tous les jours. Tout évolue, change, si on est incapable de faire de même, on stagne, on recule… Notre but est de pouvoir pérenniser notre fils : c’est la 12ème  génération et notre but est que cela continue.

(QBVA) : Quelles relations avez-vous avec les autres propriétaires ?

  (CL) : A Saint-Pourçain, on est peu nombreux, donc on se connaît tous… Je suis présidente des indépendants, donc je ne dirai jamais de mal de mes adhérents. Il faut comprendre que l’on fait tous du vin et que nous n’avons pas intérêt à nous marcher dessus. Le Saint-Pourçain, c’est 600 hectares, et plutôt que de se faire la guerre entre nous, on essaye plus de vendre là où il n’y a pas de Saint-Pourçain et de l’exporter.

(QBVA) : Le Saint-Pourçain a mauvaise presse et beaucoup de gens sont réticents à l’idée d’en goutter. A votre avis, à quoi cela est-il lié ?

(CL) : Il y a toujours des foyers de réticence mais globalement on note quand même une plus grande curiosité du consommateur. Par exemple, nous faisons tous les ans le Salon des vignerons indépendants à Paris et depuis quelques années les gens ne passent plus devant le Saint-Pourçain pour se précipiter sur le Bordeaux, la Bourgogne… Mais ils s’arrêtent en disant qu’ils ne connaissent pas et veulent découvrir. On a aussi un avantage : comparé aux grandes maisons qui ont un prix, nous pouvons offrir un rapport qualité-prix excellent et, par les temps qui courent, c’est ce que recherche le consommateur.

(QBVA) : Quel mot désignerait au mieux le vin ?

(CL) : Il y a beaucoup trop des mots pour désigner le vin ; il y a tellement de diversité dans le vin, dans ce qui est produit, dans ce que j’aime déguster… Il y a une grande diversité et richesse dans les vins qu’il n’y a pas un mot pour le résumer.

(QBVA) : Pour conclure, pourriez-vous nous citer un vin qui vous ait marqué, et un vin que vous aimeriez déguster par dessus tout ?

   (CL) : De toute façon, j’aimerais tout déguster, donc ce ne sera pas un vin en particulier. C’est pareil pour le vin qui m’ait marqué, il y en a pas qu’un mais une multitude… Quand je suis allée voir notre importateur aux Etats-Unis, il avait organisé une soirée dégustation de tous les vins qu’il importait : 15 pays différents, j’ai pu découvrir de très belles choses… J’aime les bonnes choses bien faites. J’aime les vins de toutes les régions et de tous les pays du moment qu’ils soient bien faits… Sinon, lors d’une visite dans le bordelais, j’ai eu la chance de déguster un Château Cheval Blanc 1990, c’était pas mal… (rires).