interview-copie

 

Quel bon vin t’ amène (QBVA) : Pouvez-vous, pour commencer nous parler de votre parcours professionnel ?

         Denis Barbara (DB) : Mon parcours fut classique dans un premier temps, école de Beaune, suivi d’un passage technique pendant trois ans à Beaune, Dijon et Mâcon. J’ai ensuite travaillé pour différents vignerons. Je revenais tous les week-ends, qui semblaient de plus en plus courts, et M. Grosbot m’a proposé de reprendre ses vignes en 1996. Après une longue réflexion d’une nuit, j’ai validé sa proposition. En 1995, j’étais à la fac de Clermont-Ferrand en études de Gestion-Marketing, où le mémoire que j’ai présenté portait sur le thème : « Je créé ma propre entreprise, je deviens vigneron ». J’ai soutenu mon mémoire le jour où mon dossier pour la reprise du domaine est passé en commission bancaire. .J’ai ainsi mis un an pour m’installer, jouant le jeu « comment faire pour s’installer ? »

 

QBVA : D’où vous vient l’envie de travailler dans ce milieu ?

         DB : Cela a été le milieu du vin parce que j’avais un grand-père vigneron, pour qui j’avais beaucoup d’affection, même si je ne l’ai pas vu en activité. J’ai aussi un caractère indépendant, et je ne sais pas vraiment faire autre chose que du vin, même si ce n’est pas à moi d’en juger. C’est aussi un moyen de se réaliser, de créer quelque chose à partir d’une matière brute pour arriver à une finalité qu’est le vin. J’aurais pu être écrivain, mais je ne sais pas écrire ; j’aurais pu être sculpteur mais je ne sais pas sculpter, peindre ou autre.

QBVA : Parlez-nous de vos vins. (Cépages, sol, mode de vieillissement âge des ceps, typicité …)

         DB : Mes vins ? Ils correspondent en général à du parcellaire. Un vin = une parcelle. C’est pour cela que j’ai une plus grande diversité de vins blanc que de vins rouges [6 blancs pour 2 rouges Ndlr] alors qu’en volume c’est le contraire. Les cépages chardonnay et tressallier aiment les terrains argilo-calcaires. Cela donne des vins avec du fond et de l’amplitude, et qui pourront se garder. Le pinot noir aime lui aussi les terrains argilo-calcaires, et le gamay aime les terrains granitiques, ce qui lui permet de s’exprimer pleinement, d’ailleurs les meilleurs crus du Beaujolais, bien que différents des gamays d’ici, sont produits sur terrain granitiques.

 

QBVA : Qu’est ce qui, selon  vous, est important pour faire un bon vin ?

         DB : Un bon vin, c’est quand le vigneron a compris ce qu’il fallait faire dans la vigne, le mode de conduite adapté à la vigne, à l’année, à la carte. Les conditions climatiques impactent directement l’ADN de la plante, et si le vigneron ne les a pas comprises, il se loupera. D’une année sur l’autre, avec les mêmes bases, on ne fera pas les mêmes vinifications. Le vin et un corps vivant, et il faut comprendre le moment juste pour faire les bonnes choses.

Enfin, un bon vin, c’est un vin bu au bon moment et avec les bonnes personnes.

 

 

QBVA : Quel avenir pour le Saint-Pourçain ? Est-il possible de faire mieux
encore ?

         DB : Déjà il y en a un. Un bel avenir même. Le principal problème, c’est qu’on est trop peu nombreux. On manque de metteurs sur le marché. Pour pérenniser cette toute petite entreprise qu’est le vin de Saint-Pourçain, il faut faire des investissements pour pouvoir espérer la transmettre. Si nous ne faisons pas ça, notre suite aura vraiment des difficultés de reprises, car les investissements sont très lourds et le retour sur cet investissement est très long. Le foncier reste abordable ici, mais le matériel, a le même coût qu’en Côte-d’Or ou autre région. Il y a un bel avenir, le travail va se professionnaliser encore. La reconnaissance sera encore meilleure dans les années à venir, mais sûrement avec moins de vignes et moins de vignerons.

 

QBVA : Vous nous avez parlés de votre association avec M. Grosbot. Comment cela s’est-il passé ?

         DB : Bien, très bien même. On est diamétralement opposés, mais quand on est diamétralement opposés, on a un point de contact. Lui est carré, a apporté les fonds (les vignes), moi, j’ai apporté ma patte, et il m’a laissé carte blanche. C’est une relation de confiance, où nous sommes complémentaires lui et moi. On a mis chacun de l’eau dans notre vin, pour arriver à une bonne entente, parce que quand on travail dans le conflit, ça use et ça finit par transparaître dans le vin.

 

QBVA : Quelles relations avez-vous  avec les autres propriétaires ?

         DB : Bonnes. Et c’est tout notre intérêt. Nous ne sommes pas nombreux, alors si en plus on se tire la bourre, ca va être compliqué. Il y a une nouvelle génération qui est en train d’arriver, ce qui est bien, car ces jeunes ont beaucoup bougé, vu d’autres choses. Ils viennent avec des envies qui peuvent paraître nouvelles pour notre région, et ça remet beaucoup de dynamisme. C’est une nouvelle étape qui commence, après celle-là, qui, à mon avis, a été trop longue.

 

 

QBVA : Les vins de Saint-Pourçain ont mauvaise presse et beaucoup de gens sont réticents à l’idée d’en goutter, à votre avis à quoi cela est-il lié ?

         DB : C’est certainement dû à un manque de « reconnaissance » des habitants de la région. C’est compréhensible, car ils ont été habitués à boire des vins qui les ont déçus, et comme pour un restaurant, quand on est déçu par ce que l’on déguste, on a beau changer et proposer de nouvelles choses de meilleure qualité, les gens ne changent pas d’avis comme ça, et restent sur la défensive. Mais les choses sont en train de changer, lentement mais sûrement. Heureusement les personnes qui viennent d’autres régions, voire d’autres pays, et qui n’ont pas d’a priori sur nos production, permettent de revaloriser les vins de Saint-Pourçain, et de les distribuer dans toute la France.

Ensuite pour progresser il faudrait un peu plus de concurrence, qui signifie courir avec étymologiquement, plutôt que des situations de monopoles qui ralentissent l’évolution en restant sur des acquis. Une meilleure communication pourrait se créer, un relai médiatique suivrait et le rayonnement de notre travail serait d’autant plus important.

 

QBVA : Quel mot désignerait au mieux pour vous le vin?

         DB :      DIVIN !

 

QBVA : Pour conclure, pourriez vous nous citer un vin qui vous ait marqué, et un vin que vous aimeriez déguster par-dessus tout ?

         DB :

                   – Un vin qui m’ait marqué : un 1er cru de Nuits-Saint-Georges de 1934, année de naissance de mon père. J’étais forcément ému. Ce vin était encore vivant.

                  – Un vin que j’aimerais déguster par dessus tout : une Romanée Conti, bien entendu.