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Quel bon vin t’amène (QBVA) : Pouvez-vous pour commencer nous parler de votre parcours professionnel ?

         Emmanuel Poirmeur (EP) : Je suis diplômé de l’école d’ingénieur Agro ParisTech. J’ai fait mes premières vinifications en 1995 à 18 ans. Ensuite je me suis construit grâce à des expériences diverses et denses en ayant exercé différents métiers en rapport avec le vin.

QBVA : D’où vous vient l’envie de travailler dans ce milieu ?

         EP : Le fait d’avoir vécu l’arrachage des vignes de mes arrières grands-parents à 8 ans. Ensuite, vers 11 ans, j’étais fasciné par l’influence des alcools légers sur l’homme, et les rapprochements qui pouvaient s’opérer. J’ai d’ailleurs pensé m’orienter vers une profession en rapport avec l’addictologie pour mieux en comprendre le mécanisme. Le côté « vino veritas » apparaissait vraiment et permettait d’extraire des relations amicales et l’expression de choses importantes chez l’autre. C’est vraiment humain, et je veux vraiment insister sur cette notion de plaisir, de convivialité à laquelle je suis heureux d’apporter ma pierre, que ce soit par mes vins ou par le Land Art (ndlr : sculpture des paysages par la vigne)

QBVA : Avez-vous toujours le même engouement pour faire du vin ?

         EP : Oui, car il faut toujours se renouveler, ne pas rester sur ses acquis, savoir évoluer. Les vins d’hier ne ressemblent pas à ceux d’aujourd’hui, et certainement que les générations futures se demanderont comment on a pu faire du vin avec les moyens actuels.

QBVA : Parlez-nous de vos vins. (Cépages, sol, mode de vieillissement, âge des ceps…)

         EP : La gamme de vins Della Donna et Artha est  élaborée à partir de raisins de négoces sélectionnés sur diverses parcelles.

La cuvée Erlaitza est issue d’une parcelle se trouvant sur les crêtes des falaises à Urrugne. A cet endroit, les sols sont composés de flysch. Les ceps sont assez jeunes et tous de cépage chardonnay

QBVA : Qu’est-ce qui, selon vous, est important pour faire un bon vin ?

         EP : Du bon raisin (rires)… et encore ce n’est même pas vrai, il faut du raisin. Après, selon l’approche du vigneron, comme un cuisinier avec des tomates, il faut laisser place à une sensibilité, une interprétation à partir d’une matière première. D’ailleurs le concept de maturité reste pour moi complètement flou. On a différentes maturités, et on choisit celle qui convient le mieux à notre envie. Ce n’est pas parce que le raisin est moins mûr qu’il est moins bon. Il n’a pas les mêmes qualités, et c’est à l’interprétation du vigneron. Par contre, on retrouve une façon de faire propre à chacun. Je ne sais pas pourquoi, mais quel que soit l’endroit où je travaillais, j’ai toujours fait des vins qui filent droit.  Je n’ai pas de recette, et il doit y avoir quelque chose d’inconscient dans la succession des gestes qui amène à cela.

QBVA : Comment vous est venue cette idée de vinification sous-marine ?

         EP : En Argentine, où je travaillais. J’ai été confronté à des vinifications en cuves closes. Il fallait beaucoup d’énergie pour maintenir le vin à températures (il faisait souvent plus de 30° dehors), contenir la pression, jouer avec les groupes électrogènes qui prenaient le relais lors des nombreuses coupures de courant liés aux aléas climatiques. Alors qu’en y réfléchissant, il s’avère que toutes les conditions  recherchées se retrouvent à une certaine profondeur sous l’eau…

QBVA : Qu’est-ce que cela apporte au vin ?

         EP : Cette méthode révèle des arômes qui ne se développeraient pas autrement. Mais je ne sais encore pas comment l’expliquer vraiment.

QBVA : Quel mot désignerait au mieux pour vous le vin ?

         EP : C’est impossible. Déjà pour moi ce n’est pas LE vin mais LES vins, et il n’y aurait pas suffisamment de mots pour en parler. C’est tellement intimement lié à la culture humaine. Les hommes et la vigne ont évolué de manière symbiotique, et ils ne seraient certainement pas aussi présents sur terre l’un sans l’autre, puisque la vigne a pu coloniser certains lieux grâce à l’homme, et que l’homme a pu se protéger de nombreuses maladies en buvant du vin plutôt que de l’eau.

QBVA : Pour conclure, pourriez-vous nous citer un vin qui vous a marqué, et un vin que vous aimeriez déguster par-dessus tout ?

         EP : Un vin qui m’a marqué… J’aimerais vraiment retrouver les sensations que j’ai eues sur les grands cabernets de Margaux en 2000, même si nos papilles évoluent, ça reste des « claques » de densités aromatiques. C’étaient mes premiers grands vins. Les vins sont comme une bibliothèque ouverte, et là j’avais accès à celle d’Alexandrie.

Il n’y a pas de vin que j’aimerais déguster par-dessus tout, j’ai envie de tout goûter, et surtout de n’avoir aucune certitude.

 

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