Quel bon vin t’amène (QBVA) : Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ?

 Guillaume Plantard (GP) : Je suis Guillaume Plantard, caviste itinérant, spécialisé dans les vins naturels, bios, issus de la biodynamie.

A l’origine j’étais un simple amateur de vin, venant d’une carrière plutôt dans le commerce. J’ai dû me reconvertir professionnellement. Le domaine du vin m’a paru être ce qui me plaisait, j’ai donc fait un bilan de compétences. J’ai suivi une formation diplômante à l’université du vin à Château de Suze-la-Rousse, sur trois mois. J’en suis sorti diplômé le 8 septembre 2017.

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QBVA : Quelle est votre ancienneté dans le métier ?

 GP : J’ai démarré l’activité le 16 novembre 2017, le jour du Beaujolais nouveau, ça va faire six mois.

QBVA : D’où vous est venue l’envie de faire ce métier ?

 GP : Déjà amateur de vin, l’envie de faire ce métier est venue de la rencontre principalement de trois personnes :

  1. Gilles Couillerot (caviste à Moulins jusqu’en 2009 puis du Tocsin à Bourges)
  2. François Cachin à Varennes-Vauzelles (Cave du Bengy)
  3. Frédéric Lignon avec Vercoquin (www.vercoquin.com)

Mais aussi grâce à la rencontre et de feeling avec différents vignerons, dans un esprit de partenariat et de confiance.

QBVA : Quel parcours vous a emmené jusque-là ?

 GP : J’en avais marre de boire du vin uniformisé. Je voulais proposer des vins qui ont du goût, représentatifs de leurs terroirs, des appellations et des vins faits par le vigneron. Beaucoup de vins que l’on trouve en grande distribution ne sont pas des vins élevés mais des vins « fabriqués ». D’ailleurs le sujet de mon mémoire d’études était « que puis-je faire en tant que caviste pour lutter contre l’uniformisation des vins ? »

 

QBVA : Pourquoi ce système de cave itinérante ?

 GP : Avant de me lancer, j’avais cherché si cela existait déjà, il y en avait très peu en France (quatre ou cinq). Depuis, certains ont arrêté, et il y en a pas mal de nouveaux.

Maintenant, il doit y avoir entre vingt et trente cavistes itinérants en France.

Beaucoup font bar à tapas et bar à vins et vendent au verre. Je ne vends pas au verre parce que je n’ai pas les licences. J’ai simplement le droit de faire de la dégustation et de vendre au verre uniquement avec une autorisation de buvette pour les foires événementielles.

Une caviste avec qui j’échange régulièrement m’avait donné des conseils pour démarrer. Marie Laborderie (« Les coudées franches ») fait exactement la même chose que moi sur La Rochelle. Elle est caviste itinérante spécialiste en vin naturel aussi. C’est la seule que je connaisse qui ait vraiment le même concept.

Je propose aussi des « ventes en réunion » ou « ateliers découverte » pour lesquels je peux me déplacer s’il y a un intérêt suffisamment grand.

 

QBVA : Quelles sont les particularités de la vente itinérante (équipement, conservation, système anti-secousse…) ?

 GP : Je n’ai pas de « pied à terre », j’ai mon stock à domicile, avec prochainement une véritable cave climatisée.

J’ai investi dans un caisson réfrigéré pour qu’il y ait le moins de risque pour le vin, qu’il y ait une continuité entre le temps de route et le stockage. Il est tout le temps réglé entre 11°C et 13°C.

On pense à tort que c’est l’été qui pose problème parce que le vin peut avoir chaud si le camion reste en plein soleil.

Chez nous c’est autant l’hiver que l’été : les marchés se passent entre 8h et 13h, c’est là qu’il fait le plus froid l’hiver, alors que l’été ce n’est pas forcément à cette heure-là qu’il fait le plus chaud.

J’ai aussi un rafraîchisseur que je peux mettre entre 9°C et 15°C. Je l’utilise surtout pour les manifestations en salle.

L’avantage avec le caisson c’est que les clients, pour une bouteille de rouge, ont juste à la laisser 1/2h chez eux pour qu’elle soit à température. Pour le blanc, ils la laissent 10min dans le seau à glace ou au frigo. Ils peuvent donc consommer très rapidement après l’achat.

La particularité c’est aussi que l’on a moins de références. Je mets environ 70 cartons au maximum. Mais un camion trop rempli n’est pas pratique pour aller chercher les bouteilles. Il faut s’organiser si  la bouteille se trouve au fond de la pile, il arrive que les clients voient dépasser deux jambes à la verticale. Je prévois plus de stock pour les événements comme les marchés de Noël.

Après pour éviter de trop bousculer le vin lors du transport, il faut une conduite souple.

QBVA : Comment faites-vous pour fidéliser votre clientèle ?

 GP : Je suis sur les marchés régulièrement. Par exemple les samedis : les premiers du mois je suis à Bourbon-l’Archambault, les seconds à Bourbon-Lancy, les troisièmes à  Dompierre et les quatrièmes à Bellerive-sur-Allier.

Le dimanche je suis à Moulins, le lundi à Marcigny. Et je suis aussi un jeudi sur deux  à Lapalisse, les vendredis à Decize, Paray-le-Monial ou Luzy.

J’ai une page Facebook (lacavebuissonnière) que je mets à jour toutes les semaines (mardi /mercredi) avec mes lieux et horaires de marché. Je décris également la cuvée que je fais déguster la semaine et mets les photos de mes nouveautés. Prochainement avec la fête des mères et des pères, je vais mettre des idées de cadeaux, de coffrets.

QBVA : Est-ce que les gens peuvent vous faire des réservations via Facebook ?

 GP : Via Facebook, non. Mais l’idée, même si le mot ne me convient pas, c’est de proposer un « drive du vin » : je leur envoie par mail la liste de mes références pour qu’ils fassent leur choix. Ils trouvent l’appellation, la cuvée, la couleur, le cépage, le descriptif, des idées d’accord mets/vins, la température de dégustation, le potentiel de garde et le tarif. Les personnes voulant une référence spécifique peuvent passer commande (jusqu’à 18h la veille du marché) pour être sûres de l’avoir, et venir récupérer et régler sur le marché… sans frais de port.

Je livre très exceptionnellement à domicile si le client est sur mon trajet de retour ou à 15 km autour de Dompierre.

Je préfère que les personnes viennent sur mon stand, pour leur faire découvrir le vin en dégustation, leur présenter des nouveautés et surtout avoir un contact physique. Le vin, que cela soit avec les clients ou les vignerons, c’est toujours une histoire de rencontres. Le côté humain est important pour moi. C’est aussi pour cela que j’ai choisi les vins naturels, il y a beaucoup plus d’échanges humains. J’ai aussi mis en place une carte de fidélité sans limite de temps : à chaque achat il y a  5 % de crédités, elle donne droit à une remise ou à une bouteille dans la gamme.

QBVA : Comment les gens qui fabriquent le vin vous ont-ils accueilli au début et qu’en est-il actuellement ?

 GP : Les professionnels du vin de la région, honnêtement je ne sais pas trop, puisque, des différents cavistes, il n’y en a pas encore un qui soit venu me voir sur un marché. Mais je n’ai pas été les voir non plus pour me présenter et leur dire ce que j’allais faire.

Les vignerons m’ont très bien accueilli, ils trouvent que c’est une super idée, un super concept. J’ai de très bons échos. Certains me facilitent les choses, cela aide quand on démarre dans le milieu. Certains sont devenus des amis.

Les clients trouvent le concept plutôt sympa.

QBVA : Quelle quantité de bouteilles avez-vous ? Et de quelle région ?

 GP : Dans ma sélection de vins naturels, bios ou issus de la culture biodynamique, j’ai actuellement 115 références.

Ma gamme va de 7€10 à  34€90 (75 % de ma gamme est en dessous de 20 € dont les 3/4 sont en dessous de 15 €). Mais pour certains vins atypiques (tels que les très vieux vins du Jura, les vins sous voile par exemple), j’attends de voir si j’ai de la demande avant de me fournir.

QBVA : Dégustez-vous tous les vins que vous avez en vente ?

 GP : Oui, je goûte tous les vins pour faire ma sélection

QBVA : Où vous fournissez-vous ?

GP : J’ai des domaines de base, je fais beaucoup de références : Domaine des Maels, Domaine de la Roche-Audran, Domaine du Joncas, Domaine du Pourra, Domaine de Beaujeu, Château du Breuil, Domaine de Patrice Colin, etc.

QBVA : Faites-vous les salons de vignerons ou salons du vin pour trouver des nouveaux vins ?

 GP : Je fais les deux et je me concentre sur les vignerons qui font du naturel, du bio.

QBVA : Quels sont vos vins préférés et les vins que vous aimez le moins ?

 GP : J’aime tous les vins que j’ai sélectionnés. C’est difficile, parce qu’il n’y a pas que le côté gustatif qui rentre en compte. Le côté humain, émotionnel, revient avec les conditions de la première dégustation.

J’apprécie le cépage grenache.

J’adore tous les vins de Vincent Rochette (Domaine Roche-Audran, Côtes-du-Rhône) : ses cuvées « César », « Marius » et « Châteauneuf-du-Pape » sont splendides.

Chez Château du Breuil, j’adore leurs « Petites Rochettes » en blanc, leurs « Savennières » aussi, le « Coteau du Layon » est très bien.

Chez M. Mayordome, je suis fan de sa « Petite Pause » et du « Sans Hésitation ».

Au Domaine du Joncas, je suis fan du « Joia ».

Dans ma sélection, il y a forcément des vins que je trouve bons mais qui me plaisent moins que d’autres. Mais il faut qu’ils plaisent au plus grand nombre et pour toutes les occasions : des petits prix pour tous les jours, pour les grandes occasions, pour des pique-niques, pour boire après une journée de boulot et se remonter le moral, pour l’apéro avec les copains.

QBVA : Quel mot décrit pour vous au mieux le vin ?

 GP : Partage et rencontre.

QBVA : Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui comme nous veulent découvrir le vin ?

 GP : Quand on s’initie aux vins, en général on commence déjà par le sucré. Puis plus on vieillit plus on va vers le sec, c’est la tendance classique (c’était l’inverse personnellement).

En dégustation, on n’est pas là pour porter un jugement de valeur, on est là pour dire si le vin est bien fait, s’il y a un défaut, s’il est représentatif de son appellation, de sa région, de son cépage. Dire s’il est bon ou pas, ce n’est pas le but.

Je demanderais à la personne quel style de vin elle aime (blanc, rosé, sec, puissant..), à quelle occasion le vin est prévu, quel est son budget.

Je lui donne des conseils sur la dégustation, la conservation, le temps de carafage.

 

QBVA : Pour finir, pouvez-vous nous citer le premier vin que vous gardez en souvenir, votre vin préféré, le meilleur vin que vous n’ayez jamais goûté, et le vin de rêve que vous aimeriez déguster un jour ?

 GP : Le premier vin qui m’a marqué, c’était il y a longtemps. C’était un vin conventionnel, un Clos Vougeot, j’ai eu la chance d’en déguster un.

Après, dans ma gamme, c’est difficile d’en sortir un plus que les autres : Vincent  Rochette

 la « Petite Pause » chez Mayordome, (vin de copains qu’on peut accompagner de viande rouge, de plats un peu relevés, en apéro). C’est le vin avec lequel j’ai fêté mon diplôme…

Il a aussi une autre cuvée « Sans Hésitation » qui est un vin bluffant, en millésime 2001 qui montre le potentiel du vigneron.

J’adore aussi les vins de Patrice Colin.

Un vin de rêve, ce serait le vin mythique : le Romanée-Conti (le bourgogne et vin le plus cher du monde, ndlr), ce n’est pas une histoire de prix mais juste pour le mythe.

Je ne suis pas forcément sur les grands noms. Certains ont des petits domaines et du bon vin. Le but est aussi de les aider à se faire connaître, à faire connaître leurs vins.

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Que vous soyez novices, amateurs, passionnés, vous pouvez rencontrer Guillaume Plantard sur son stand. Cet homme fort sympathique vous accueillera et sera ravi de partager avec vous un peu de sa passion pour le vin.