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Un verre, un plat
Bordelaise, bourguignonne, flûte ou clavelin : une région, une silhouette

Bordelaise, bourguignonne, flûte ou clavelin : une région, une silhouette

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La forme des bouteilles de vin raconte d'abord une géographie : chaque grande région a fixé, au fil des siècles, une silhouette qui lui ressemble. Bordelaise à épaules, bourguignonne tombante, flûte d'Alsace, clavelin du Jura ou bouteille épaisse de Champagne se reconnaissent de loin, avant même de lire l'étiquette.

La bouteille en verre ne s'impose vraiment qu'aux XVIIe et XVIIIe siècles, quand les verriers anglais mettent au point un verre plus épais et plus résistant, cuit au charbon. Auparavant, le vin voyage et se conserve en tonneau, et la bouteille sert surtout au service. Les formes régionales se fixent ensuite, entre traditions de verriers locaux, contraintes techniques et goût du commerce pour les silhouettes reconnaissables.

La bordelaise et ses épaules

Cylindre droit, épaules marquées, col court : la bordelaise est la bouteille la plus répandue au monde. Ses épaules auraient une fonction pratique, souvent avancée : retenir le dépôt des vins rouges de garde au moment du service, quand on verse lentement. Elle s'empile bien couchée, ce qui a facilité le commerce maritime des vins de Bordeaux. Elle se décline en verre foncé pour les rouges, en verre clair pour les blancs secs et les liquoreux de Sauternes.

La bourguignonne, tout en pente douce

Plus ventrue, avec des épaules qui descendent en pente régulière, la bourguignonne serait plus facile à souffler, sans angle à former. On la retrouve en Bourgogne, dans le Beaujolais, une grande partie de la vallée du Rhône et de la Loire, et pour de nombreux pinots noirs et chardonnays du monde. Les rhodaniennes en sont des variantes, parfois ornées d'un écusson en relief.

La flûte d'Alsace, une forme imposée

Haute, fine, élancée, la flûte est indissociable des vins d'Alsace et d'Allemagne. En Alsace, son usage n'est pas seulement une tradition : le cahier des charges de l'appellation, validé par l'INAO, impose la bouteille de type « vin du Rhin » pour les vins tranquilles. Les crémants échappent à cette règle et prennent une bouteille de type champenois. La région et ses cépages sont présentés dans la page sur les vins d'Alsace.

Le clavelin du Jura et quelques originales

Trapu, presque carré d'épaules, le clavelin contient 62 centilitres et il est réservé au vin jaune par le cahier des charges des appellations jurassiennes. Ce volume serait, selon la tradition rapportée par l'interprofession du Jura, ce qui reste d'un litre de vin après le long élevage sous voile, une part s'évaporant au fil des années en fût.

D'autres régions cultivent leur singularité :

  • la bouteille de Provence à taille cambrée, dite flûte à corset ou « quille », souvent en verre clair pour montrer la couleur du rosé ;
  • le Bocksbeutel de Franconie, plat et rond comme une gourde ;
  • le fiasco toscan, ventru et habillé de paille, longtemps associé au chianti ;
  • la bouteille à écusson de Châteauneuf-du-Pape, frappée des armes pontificales.

La champenoise, une affaire de pression

Dans une bouteille de vin effervescent, la pression peut atteindre six bars environ, d'après le Comité Champagne, soit trois fois celle d'un pneu de voiture. La bouteille doit donc avoir un verre épais, un fond creusé par une piqûre profonde qui répartit les contraintes, et une bague renforcée pour tenir le muselet. Cette forme est partagée par la plupart des vins de méthode traditionnelle, crémants compris, qui ont leur page dans la rubrique bulles et champagnes.

Couleur du verre et poids de la bouteille

Le verre teinté, vert ou brun, protège le vin de la lumière, qui peut provoquer un défaut appelé goût de lumière, surtout sur les blancs et les effervescents. Le verre extra-blanc, très en vogue pour les rosés, met la couleur en valeur mais expose davantage le vin.

Le poids varie aussi beaucoup d'une bouteille à l'autre, du flacon allégé aux lourdes bouteilles de prestige. Plusieurs interprofessions encouragent aujourd'hui les bouteilles plus légères, le verre pesant lourd dans le bilan carbone d'un vin. Une bouteille lourde ne dit rien de la qualité de son contenu.

La forme ne doit pas être confondue avec la contenance : demi-bouteille, magnum ou jéroboam sont traités dans la page sur la taille des bouteilles de vin, et les autres sujets d'histoire se trouvent dans la rubrique culture du vin.

Sources : INAO, cahiers des charges des AOC Alsace et des appellations du Jura ; Comité interprofessionnel des vins du Jura ; Comité Champagne, documentation technique sur la bouteille et la pression ; Fédération des industries du verre.

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