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Un verre, un plat
Quand les dieux plantaient la vigne : le vin dans les mythes

Quand les dieux plantaient la vigne : le vin dans les mythes

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Dans presque toutes les mythologies antiques, le vin descend du ciel : un dieu l'offre aux hommes, souvent en même temps que la vigne et l'art de la tailler. Dionysos chez les Grecs, Bacchus et Liber chez les Romains, Osiris en Égypte portent chacun une part de cette histoire.

Les mythes ne parlent pas de dégustation. Ils parlent de saisons, de mort et de renaissance, de la frontière entre le sauvage et le cultivé. La vigne, plante qu'on taille presque jusqu'au bois mort et qui repart au printemps, se prêtait à merveille à ces récits.

Dionysos, le dieu grec né deux fois

Fils de Zeus et de la mortelle Sémélé, Dionysos connaît une naissance hors du commun : sa mère meurt foudroyée avant terme, et Zeus coud l'embryon dans sa propre cuisse pour achever la gestation. Ce dieu « né deux fois » est un voyageur. Les récits le font revenir d'Orient, accompagné des Ménades, du vieux Silène et de satyres, armé du thyrse, un bâton couronné de lierre et d'une pomme de pin.

Un épisode célèbre, raconté par un hymne homérique, le montre capturé par des pirates qui le prennent pour un prince à rançonner. La vigne pousse alors sur le mât, le navire se couvre de lierre et les marins, terrifiés, sautent par-dessus bord pour devenir dauphins. Le dieu du vin grec est donc aussi un dieu qui punit ceux qui le méconnaissent.

En Attique, la légende d'Icarios raconte comment Dionysos confie le secret de la vigne à un paysan hospitalier. Le récit finit mal pour Icarios, et cette fin tragique sert d'avertissement : le don du dieu exige du respect. À Athènes, les grandes Dionysies donnaient lieu aux concours de théâtre où naquirent la tragédie et la comédie, ce qui fait du dieu de la vigne le patron des scènes antiques.

Bacchus et Liber, la version romaine

Rome adopte Dionysos sous le nom de Bacchus et le rapproche d'un vieux dieu italique, Liber Pater, protecteur de la fécondité et des vendanges. Les Liberalia de mars célébraient ce dernier. Le culte bachique, lui, prend la forme de mystères réservés aux initiés, qui inquiètent les autorités : selon l'historien Tite-Live, le Sénat encadre sévèrement les Bacchanales en 186 avant notre ère, accusées de troubler l'ordre public.

Le vocabulaire en garde la trace. Un « bacchante » désigne encore une prêtresse en transe dans la peinture classique, et l'adjectif « bachique » qualifie tout ce qui touche au culte du vin, jusqu'aux confréries bachiques qui défilent aujourd'hui en robes et chaperons dans les vignobles français.

Osiris, Hathor et la vigne du Nil

En Égypte, la vigne pousse surtout dans le delta et les oasis, et le vin reste une boisson de temple et de notables. Osiris, dieu de la végétation qui meurt et renaît, est associé au pressoir et au vin nouveau ; certains textes funéraires le nomment « seigneur du vin à la fête ». Les jarres retrouvées dans les tombes portent des inscriptions qui précisent l'origine, l'année de règne et parfois le nom du responsable du vignoble : une sorte d'étiquette avant l'heure, que l'on retrouve expliquée dans la page sur la lecture d'une étiquette de vin.

La déesse Hathor, liée à la musique et à la joie, fut apaisée selon un mythe par une bière teintée en rouge qu'elle prit pour du sang.

Mésopotamie : déesses de la bière et vigne du ciel

Plus à l'est, Sumériens et Babyloniens honorent surtout la bière, avec la déesse Ninkasi, dont un hymne détaille la recette. La vigne n'est pas absente pour autant : la déesse Geshtinanna, dont le nom évoque la « vigne du ciel », passe la moitié de l'année aux Enfers, autre récit de cycle saisonnier. Dans l'épopée de Gilgamesh, le héros rencontre Siduri, une tenancière qui garde une treille au bord du monde et lui conseille de profiter de la vie plutôt que de courir après l'immortalité.

Ce que les mythes disent de la vigne

Mis côte à côte, ces récits répètent quelques idées simples. La vigne est un cadeau divin, mais un cadeau qui demande du travail : il faut la tailler, la protéger, attendre. Le vin réunit les hommes autour des fêtes, du théâtre et des sacrifices. Et presque partout, une histoire rappelle que l'excès se paie, de la noyade des pirates à la fin d'Icarios.

  • La mort et la renaissance de la plante nourrissent les mythes de dieux qui descendent aux Enfers puis reviennent.
  • Le partage du vin marque l'hospitalité, ce que reprendront plus tard les grandes religions et leurs rites autour du vin.
  • Le culte organisé, avec ses initiés et ses interdits, montre que les sociétés antiques cherchaient déjà à encadrer la boisson.

Pour prolonger le voyage dans le temps, la rubrique culture du vin rassemble les histoires de confréries, de bouteilles et de verres qui ont suivi ces dieux anciens.

Sources : Hymnes homériques (hymne à Dionysos), Tite-Live, Histoire romaine (récit des Bacchanales) ; textes funéraires égyptiens publiés par les musées du Louvre et du Caire ; Épopée de Gilgamesh et Hymne à Ninkasi, traductions universitaires courantes.

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