La Confrérie des Chevaliers du Tastevin est fondée en 1934 à Nuits-Saint-Georges par des notables bourguignons qui veulent relancer les vins de la Côte en pleine crise. Elle siège depuis l'après-guerre au château du Clos de Vougeot, où se tiennent ses chapitres.
Robes pourpre et or, toques, chansons à boire en latin de cuisine : le folklore saute aux yeux. Derrière, il y a une histoire économique assez sérieuse et une institution qui a inspiré la plupart des confréries viticoles françaises.
Une invention des années de crise
Au début des années 1930, la Bourgogne traverse une mauvaise passe : récoltes abondantes, crise mondiale, marchés fermés, caves pleines. Selon l'histoire publiée par la confrérie elle-même, une poignée de vignerons et de négociants de Nuits-Saint-Georges décide alors de réunir clients, journalistes et personnalités autour de grands dîners joyeux, pour faire parler des vins de la Côte. La première réunion se tient le 16 novembre 1934 dans une cave de la ville.
Le nom vient du tastevin, petite tasse d'argent plate et cupulée que les vignerons et les courtiers utilisaient pour juger un vin à la lueur d'une bougie dans la pénombre des caves. Les reliefs du fond, bosses et cannelures, accrochent la lumière et révèlent la couleur et la limpidité. L'objet pend au cou des chevaliers lors des cérémonies, au bout d'un ruban rouge et jaune.
Le château du Clos de Vougeot, siège de la confrérie
Le Clos de Vougeot est l'une des parcelles les plus célèbres de Bourgogne, plantée et close de murs par les moines cisterciens de l'abbaye de Cîteaux à partir du XIIe siècle. Le bâtiment qui le domine, avec ses pressoirs médiévaux géants et son cuvier, servait d'exploitation aux moines. Vendu comme bien national à la Révolution, le vignoble est aujourd'hui partagé entre de très nombreux propriétaires.
La confrérie acquiert le château en 1944 et y organise ses chapitres depuis. Ce lien avec un lieu monastique rappelle le rôle des abbayes dans l'histoire de la vigne, développé dans la page sur le vin et les religions.
Chapitres et intronisations
Les chapitres sont des dîners de gala qui réunissent plusieurs centaines de convives dans le grand cellier du château. Chaque soirée suit un rituel précis : entrée solennelle du Grand Conseil en robe, musique des Cadets de Bourgogne qui chantent entre les plats, discours, puis intronisation de nouveaux membres. Le futur chevalier est appelé, reçoit un coup de cep de vigne sur l'épaule en guise d'adoubement et repart avec son tastevin et un diplôme.
Les grades s'échelonnent de chevalier à commandeur, puis aux dignitaires du Grand Conseil. Les intronisés viennent de tous les pays : hommes politiques, artistes, diplomates, amateurs fidèles. La devise de la confrérie, « Jamais en vain, toujours en vin », joue sur les mots plus qu'elle n'invite à quoi que ce soit.
Le tastevinage, une sélection à l'aveugle
Depuis 1950, d'après la confrérie, le tastevinage réunit deux fois par an des jurys de professionnels et d'amateurs qui dégustent à l'aveugle des vins de Bourgogne présentés par leurs producteurs. Les vins retenus peuvent porter une étiquette spéciale, reconnaissable à ses armoiries, qui atteste de cette sélection. Les vins jugés sont classés par appellation et par millésime, ce qui fait du tastevinage un instantané du vignoble à un moment donné plutôt qu'un classement figé.
Comme pour toute mention collée sur une bouteille, mieux vaut savoir ce qu'elle certifie et ce qu'elle ne dit pas : la page consacrée à la lecture d'une étiquette de vin fait le tri entre mentions obligatoires et mentions facultatives.
Un modèle pour les autres confréries
Le succès du Tastevin a fait école. Dans les décennies suivantes, de nombreux vignobles ont créé ou ressuscité leur propre confrérie, avec costumes, devises et intronisations, souvent sur le modèle bourguignon. Elles sont présentées dans la page sur les confréries bachiques de France. La rubrique culture du vin rassemble les autres histoires de rites et de traditions viticoles.
Le château du Clos de Vougeot se visite en dehors des soirées de chapitre : cuverie, pressoirs, dortoir des moines et grand cellier racontent dix siècles de viticulture, sans qu'aucune dégustation soit nécessaire pour en profiter.
Sources : historique publié par la Confrérie des Chevaliers du Tastevin ; documentation du château du Clos de Vougeot ; Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne, histoire du vignoble.















