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Un verre, un plat
Robes, chaperons et serments : les confréries du vin en France

Robes, chaperons et serments : les confréries du vin en France

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Une confrérie bachique est une association d'amateurs et de professionnels qui défend et fait connaître un vin ou un vignoble, à grand renfort de costumes, de devises et de cérémonies d'intronisation. Le folklore sert la promotion : c'est la clé pour comprendre ces étonnantes assemblées.

Le mot « bachique » vient de Bacchus, le nom romain du dieu du vin. Les confréries modernes n'ont pourtant rien de religieux. On en compte plusieurs centaines en France, et pas seulement autour du vin : fromages, andouilles, escargots ou lentilles ont aussi leurs chevaliers.

Des confréries médiévales aux associations d'aujourd'hui

Au Moyen Âge, les confréries sont des groupements de métiers ou de fidèles placés sous la protection d'un saint. Les vignerons honorent souvent saint Vincent, patron de la vigne, dont la fête de janvier donne encore lieu à des processions en Bourgogne, en Champagne ou en Alsace. Ces confréries disparaissent pour la plupart à la Révolution, qui supprime les corporations.

Les confréries bachiques actuelles naissent surtout au XXe siècle. La plus célèbre, la Confrérie des Chevaliers du Tastevin, voit le jour en Bourgogne dans les années 1930 pour sortir les vins de la crise. Son succès lance un mouvement : après la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses régions créent ou ressuscitent leur propre ordre, souvent en revendiquant une filiation avec une institution ancienne.

À quoi sert une confrérie

Leur rôle tient en quelques missions, plus ou moins mises en avant selon les régions :

  • faire connaître un vignoble auprès des visiteurs, des journalistes et des acheteurs étrangers ;
  • animer la vie locale : fêtes des vendanges, Saint-Vincent, salons, défilés ;
  • organiser des concours ou des sélections, parfois avec un macaron sur la bouteille ;
  • entretenir la mémoire des usages, des chansons et du patois viticole ;
  • réunir les producteurs d'une appellation autour d'une même image.

Plusieurs confréries sont proches des syndicats d'appellation ou des interprofessions, qui y voient un relais de communication efficace et bon marché.

Costumes, insignes et devises

L'habit fait le confrère. Chaque ordre a sa tenue, souvent inspirée des robes universitaires ou magistrales : longue robe aux couleurs du vin local, chaperon ou toque, collier portant un insigne. Le tastevin d'argent, petite tasse de dégustation, sert de médaille à de nombreuses confréries ; d'autres arborent une grappe, une serpette, un cep ou une clé de cave.

Les devises jouent volontiers sur les mots, en français ou en latin approximatif. Les titres aussi : grand maître, chancelier, grand argentier, échanson, commandeur. L'ensemble évoque une chevalerie de fantaisie, et c'est assumé.

Le déroulé d'une intronisation

La cérémonie suit en général un même canevas. Le nouveau membre, parrainé, est appelé devant le grand maître. On lit ses mérites, souvent avec humour. Il prête serment de défendre le vin de la région, parfois après une petite épreuve de reconnaissance d'arômes ou une question de culture. Il est adoubé d'un coup de cep, de sarment ou de bâton sur l'épaule, reçoit l'insigne et un parchemin. Suivent un repas et des chants.

Les intronisés peuvent être des vignerons méritants, des restaurateurs, des élus, des personnalités de passage ou des amateurs fidèles. Le titre est honorifique et ne donne aucun droit particulier.

Quelques confréries des grands vignobles

Chaque région viticole a au moins un ordre emblématique. On peut citer, sans ordre d'importance :

  • la Jurade de Saint-Émilion, qui proclame chaque année le ban des vendanges du haut de la Tour du Roy ;
  • la Commanderie du Bontemps, dans le Médoc et les Graves, dont le nom désigne l'écuelle où l'on battait les blancs d'œufs pour le collage ;
  • la Confrérie Saint-Étienne d'Alsace, qui siège au château de Kientzheim ;
  • l'Échansonnerie des Papes, à Châteauneuf-du-Pape ;
  • l'Ordre des Coteaux de Champagne, pour les vins de la Marne et de l'Aube.

Les petits vignobles ont aussi les leurs, du Saint-Pourçain aux côtes d'Auvergne, présentés dans la page sur les vins du Massif central. Les autres traditions viticoles se retrouvent dans la rubrique culture du vin.

Assister à un défilé de confrérie lors d'une fête de village ne demande ni costume ni verre à la main : la musique, les bannières et les discours suffisent largement au spectacle.

Sources : publications des confréries citées (Jurade de Saint-Émilion, Commanderie du Bontemps, Confrérie Saint-Étienne, Échansonnerie des Papes) ; Conseil des vins de Saint-Émilion ; interprofessions des vins de Bordeaux et d'Alsace.

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