Le vin et la religion entretiennent une relation ancienne et contrastée : bénédiction au cœur du judaïsme, sacrement du christianisme, interdit dans l'islam. Les monastères chrétiens ont par ailleurs façonné une bonne partie du vignoble européen.
Avant les religions monothéistes, les mythologies antiques avaient déjà leurs dieux de la vigne, présentés dans la page sur le vin et la mythologie. Les grandes traditions religieuses ont hérité de cette place symbolique, chacune à sa manière.
La Bible commence par une vigne
Dans la Genèse, Noé est le premier homme à planter une vigne après le Déluge. Le récit montre aussitôt l'envers du décor : Noé s'endort découvert sous sa tente, et la scène vaut leçon de mesure. La vigne revient ensuite à de nombreuses reprises dans l'Ancien Testament, comme image du peuple d'Israël et de la prospérité promise : chacun assis sous sa vigne et son figuier.
Le judaïsme : bénir le vin
Dans la tradition juive, le vin accompagne les moments de sanctification. Le kiddouch, bénédiction récitée sur une coupe au début du repas de shabbat et des fêtes, marque l'entrée dans le temps sacré. Lors du repas pascal de Pessah, quatre coupes rythment le récit de la sortie d'Égypte. Le vin intervient aussi lors des mariages et des circoncisions.
Le vin destiné à ces usages doit être casher : sa production obéit à des règles précises, avec une surveillance rabbinique de la cave, des produits autorisés et une manipulation réservée à des personnes observantes. Le jus de raisin est admis pour la bénédiction, ce qui permet à tous de participer au rite.
Le christianisme : du miracle de Cana à l'eucharistie
Dans l'Évangile de Jean, le premier miracle de Jésus a lieu à des noces, à Cana, où il change l'eau en vin. Lors de la Cène, le dernier repas avec ses disciples, il partage le pain et le vin, geste que l'eucharistie reproduit. Pour l'Église catholique, le vin de messe doit être naturel, issu du raisin, sans additifs étrangers ; de nombreuses Églises protestantes emploient du jus de raisin.
Ce besoin liturgique a fait voyager la vigne. Partout où s'implantent églises et missions, il faut du vin pour la messe, et l'on plante des ceps jusque dans des régions peu favorables, de l'Angleterre médiévale aux missions espagnoles de Californie.
Les monastères, grands vignerons du Moyen Âge
Après la chute de l'Empire romain, les abbayes conservent les savoirs agricoles. Bénédictins de Cluny et cisterciens de Cîteaux défrichent, plantent, observent. On attribue aux moines de Cîteaux l'idée d'isoler les parcelles qui donnent des vins différents : le Clos de Vougeot, clos de murs, en est le symbole, et il abrite aujourd'hui la Confrérie des Chevaliers du Tastevin. Cette attention au lieu prépare la notion de climat bourguignon et, plus largement, de terroir.
D'autres maisons religieuses ont marqué leur région : l'abbaye d'Hautvillers en Champagne, où le moine Dom Pérignon travailla sur l'assemblage et la qualité des vins, même si l'invention de la prise de mousse qu'on lui prête relève de la légende ; les chartreux, les prieurés de la vallée de la Loire, les papes d'Avignon et leur vignoble de Châteauneuf.
L'islam et l'interdit des boissons enivrantes
Le Coran mentionne le vin, khamr en arabe, à plusieurs reprises. Les versets successifs, selon les commentateurs classiques, passent d'une mise en garde à une interdiction explicite des boissons enivrantes. La jurisprudence musulmane a ensuite étendu cet interdit à toutes les boissons alcoolisées et défini des sanctions pour le buveur, variables selon les écoles juridiques et les époques.
Le vin n'a pas disparu des cultures musulmanes pour autant. Le Coran décrit des fleuves de vin au paradis, un vin sans effet sur l'esprit. La poésie persane et arabe, d'Omar Khayyam aux mystiques soufis, fait du vin une métaphore de l'amour divin et de l'extase spirituelle. Dans plusieurs pays, la vigne est cultivée pour le raisin de table et les raisins secs.
D'autres traditions, d'autres regards
Le bouddhisme recommande, parmi ses cinq préceptes, de s'abstenir des substances qui troublent l'esprit. L'hindouisme connaît des attitudes très diverses selon les courants. Le rapport au vin varie donc du sacré au proscrit, et cette diversité explique pourquoi une table conviviale prévoit toujours de l'eau et des boissons sans alcool pour chacun.
Les autres chapitres de cette histoire, confréries, bouteilles et rites profanes, se lisent dans la rubrique culture du vin.
Sources : Bible (Genèse, Évangile selon Jean), traduction œcuménique ; Code de droit canonique, canon relatif à la matière de l'eucharistie ; Coran, sourates 2, 5 et 47, avec les commentaires classiques ; histoire de l'abbaye de Cîteaux et du Clos de Vougeot.















